La Norvège et la Suède vont t'ils abandonner l'exploitation des énergies fossiles ?

La Norvège et la Suède menacent t'ils de faire une démonstration dangereuse pour l'avenir des lobbys pétrolier et nucléaire ? 


"En Norvège, on a du pétrole, mais aussi des idées. La dernière en date risque de faire causer dans le bourg "Energie" : les Vikings vont étudier la possibilité pour leur fonds souverain d'arrêter d'investir dans les énergies fossiles. Une commission d'experts indépendants vient d'être mandaté sur la question.


Vu de France, on appellerait cela se tirer une balle dans le pied. En version norvégienne, cela doit se traduire par s'étouffer avec son saumon.


On le sait en effet, la Norvège, c'est un pays qui vit bien, et heureux, grâce à l'apport du pétrole et du gaz, les deux mamelles fossiles qui depuis les années 60 ont hissé le pays au sommet des classements de l'OCDE.


 Le pétrole consitue ainsi 22 % du PIB et le pays se situe juste derrière la Russie et l'Arabie Saoudite pour l'exportation de pétrole et de gaz naturel.


Bien.


On peut donc logiquement se demander quelle mouche les a piqué pour qu'ils soient prêts à défenestrer leur confortable matelas.


Oui, pourquoi le fonds souverain national, connu pour être le plus important au monde, (rendement de 15,9% et valeur des actifs gérés estimée à 610 milliards d'euros) voudrait-il largué la jolie danseuse qui invite tous les Norvégiens au bal, virtuel, des millionnaires ?


BFMTV rappelait récemment que "chacun des quelques 5,1 millions de Norvégiens possède virtuellement un patrimoine proche du million de couronnes norvégiennes, soit environ 121.000 euros !"


Comme eût dit Lénine, il faudrait être marteau pour se débarasser du fossile.


Sauf que non, en fait.


Si la Norvège met en avant ses questionnements, fort à propos, relatifs au risque carbone et aux conséquences environnementales annoncées, son moteur est ailleurs.


Car ce n'est pas sur de beaux principes que l'on fonde sa richesse, mais sur l'argent.


Evidemment, Le fonds souverain a investi un petit paquet dans des compagnies pétrolières et gazières ( environ 43 milliards de dollars dans des compagnies pétrolières et gazières).


Ces choix financiers participent de ses excellentes performances financières (+16 % en 2013). Mais il y a mieux : les placements verts du fonds se sont avérés encore plus lucratifs.


"Depuis 2009, le fonds norvégien a investi 5,2 milliards d’euros dans près de 170 entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables, l’eau ou la gestion des déchets. Ces participations lui ont rapporté un bénéfice net de 41 % en 2013". (Source novethic.fr)


La voilà la vraie raison ! La Norvège, qui figure déjà sur le podium des pays les mieux préparés à l'énergie du future, a compris qu'avec le vert, on peut faire des efforts environnementaux mais aussi des billets ! Cela donnera peut-être quelques idées aux économies réticentes...


En tout cas, si la réflexion aboutit à un désinvestissement majeur norvégien, nul doute que celle fera des vagues bien au-delà de la Mer du Nord. "


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Un autre pays s'avance sur la même voix, la suède: 



Édito : Objectif "zéro pétrole" : le courageux pari suédois

Par René Trégouët, Sénateur honoraire, Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat


Un pays moderne peut-il se passer complètement de pétrole ? Oui, selon la Suède qui vient d'annoncer tranquillement, avec ce mélange unique de pragmatisme, de détermination et d'anticipation politique, qu'elle serait le premier pays au monde à se passer complètement du pétrole d'ici 2020. Mi-février, la Commission contre la dépendance pétrolière, nommée par le gouvernement, a entendu une quinzaine d'experts. Présidée par le Premier ministre en personne, Göran Persson, et composée d'industriels, de chercheurs et de fonctionnaires, elle doit présenter un plan d'action d'ici à l'été prochain.


Selon l'Agence suédoise de l'énergie, en 2003, 41 % de l'énergie produite en suède provenait du pétrole, 14,2 % du nucléaire et 35 % des sources renouvelables. L'utilisation de la biomasse et l'hydraulique sont les principales énergies renouvelables de la Suède avec une part respective de 59 % et 40 %. La production d'énergie renouvelable a presque doublé en 30 ans en passant de 92 TWh en 1971 à 166 TWh en 2002. Mais les dirigeants suédois sont bien décidés à exploiter leur énorme potentiel géothermique, éolien et solaire sans oublier bien sûr les immenses ressources suédoises en biomasse.


Pour chauffer ses 9 millions d'habitants, le pays a mis en place ces 10 dernières années des réseaux de distribution de chaleur et d'eau chaude générés par l'énergie géothermique ou la récupération de chaleur dans les industries, si bien que les Suédois dépendent aujourd'hui du pétrole essentiellement pour alimenter leurs véhicules. Stockholm compte dès lors s'appuyer à l'avenir sur ses immenses forêts pour produire des biocarburants. Des contacts ont déjà été pris avec les constructeurs automobiles Saab et Volvo pour développer des voitures et camions qui rouleront à l'éthanol et autres biocarburants.


La tendance des 20 dernières années indique que la consommation d'énergies renouvelables progresse tandis que celle du pétrole diminue. Cette tendance est particulièrement visible dans l'industrie : la consommation de pétrole dans ce secteur est demeurée stable depuis 1994 alors que la production industrielle a augmenté de 70 % sur la même période. Globalement, la Suède est parvenue à réduire de plus de 45 % sa consommation d'hydrocarbures depuis 1970.


Fin décembre, une enquête britannique révélait que la Suède était, avec le Royaume-Uni, le seul pays européen en passe d'atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés par le protocole de Kyoto. Le gouvernement suédois veut aller plus loin, car " les changements climatiques représentent le plus grand défi de notre époque pour l'environnement ", selon la ministre du Développement durable, Mona Sahlin, qui ajoute " Débarrassée des énergies fossiles, la Suède réduirait l'influence des variations du prix du pétrole sur son économie. "


Parmi les pays industrialisés, la Suède est déjà, avec la Finlande, le plus grand utilisateur de biocombustibles. Mais le défi le plus important réside dans les transports. Voitures, bus et camions avalent les deux tiers du pétrole consommé annuellement. Or il faut souligner que la Suède, contrairement à la Norvège ou à la Grande-Bretagne, ne dispose d'aucun gisement d'énergie fossile. Les constructeurs automobiles sont donc mobilisés. Le PDG de Volvo, Leif Johansson, compte d'ailleurs parmi les membres de la Commission contre la dépendance pétrolière. Depuis quelques années, Saab et Volvo ont développé plusieurs modèles de " voitures vertes ", qui connaissent un franc succès en Suède. Les ventes de véhicules fonctionnant à l'éthanol ont augmenté de 60 % entre 2004 et2005. A Stockholm, les propriétaires de ces voitures vertes disposent de parkings gratuits et échappent au péage à l'entrée de la capitale. Aujourd'hui, la Suède est le plus gros consommateur d'éthanol en Europe. Pour faire face aux besoins de ses automobilistes, elle envisage de construire quatre usines de production d'" essence verte ".


Mais les dirigeants suédois savent que, pour se passer complètement du pétrole, le recours à l'ensemble des énergies renouvelables ne suffira pas. La consommation d'énergie totale par habitant est en effet en Suède de 5,8 tep (contre 3,9 tep/habitant pour la moyenne européenne). Pour pouvoir se passer du pétrole, la Suède compte bien utiliser également toutes les ressources de la fiscalité et faire preuve d'un volontarisme politique sans faille.


Il est vrai que de volonté politique et de vision prospective, la Suède n'en manque pas : le pays a ainsi déjà réussi en 10 ans à rendre raccordable la plupart des foyers suédois à la fibre optique, ce qui va permettre à la Suède, en dépit de ses contraintes naturelles, de proposer à la majorité sa population l'Internet à très haut débit (100 Mbits), quand la France en est encore à connecter ses zones rurales isolées à l'ADSL à 1 ou 2 mégabits et alors que le Gouvernement vient d'annoncer qu'il serait difficile d'apporter le haut débit "de base" dans 100 % des communes d'ici 2007. Autre exploit suédois : la réforme complète de l'Etat et de l'administration, organisés à présent en agences autonomes, responsables de leur recrutement, et fonctionnant avec des contrats d'objectif et une évaluation permanente des résultats.


Enfin, dernière illustration en date du volontarisme suédois : depuis le 3 janvier 2006 à Stockholm, les Suédois doivent s'acquitter d'un droit de passage chaque fois qu'ils entrent ou sortent du centre ville de Stockholm. L'objectif est de réduire la circulation routière intra muros de 10 à 15 % et réduire les émissions de gaz à effet de serre et le taux de particules. Aux portes de la ville, des caméras et des capteurs ont été installés de manière à reconnaître les plaques d'immatriculation des véhicules et afin que leurs propriétaires acquittent la taxe. Lepéage fonctionne les jours ouvrables entre 6h30 et 18h30 et les tarifications sont modulées en fonction des horaires de passage.


Il reste que pour atteindre cet objectif du "zéro pétrole" en 2020, la Suède va devoir résoudre une équation d'autant plus difficile qu'elle a également décidé, en 1980, d'abandonner la production nucléaire d'énergie. Le 15 mars 2002, le Gouvernement suédois a déjà dû renoncer à la date de 2010 pour l'abandon du nucléaire prévu par le référendum en 1980 et, en juin 2002, un accord de sortie négociée du nucléaire a été conclu entre le gouvernement et les grands groupes énergétiques, avec une échéance de démantèlement définitif d'ici 30 à 40 ans. Mais le gouvernement suédois, prudent et réaliste, a subordonné cet abandon progressif au remplacement équivalent en volume de l'énergie produite par des sources alternatives, au premier rang desquelles vient la biomasse.


En Suède, la biomasse (Bois et déchets végétaux, organiques et animaux) représente déjà 19 % de la production d'énergie, contre à peine 6 % dans le bilan global de l'Europe. Il est vrai que la Suède a la chance de posséder la plus vaste forêt d'Europe : elle représente 260 000 Km2 et couvre 59 % de son territoire ! En Suède, la production d'énergie à partir du bois représente 7,4 millions de TEP (9,3 en France). Il faut rappeler que les émissions de CO2 liées à l'utilisation du bois sont neutres vis à vis de l'effet de serre si l'on tient compte du carbone réutilisé par la croissance des arbres sur les surfaces replantées. L''utilisation de 4 m3 de bois énergie permet d'économiser 1 tonne de pétrole (tep), et d'éviter en moyenne l'émission de 2,5 t de CO2 dans l'atmosphère.


La petite ville suédoise de Växjö (77 000 habitants) pourrait devenir, grâce à l'utilisation des biocarburants et de la biomasse, la première ville du monde occidental dans laquelle aucun combustible fossile ne sera plus utilisé. Cette commune du sud de la Suède a en effet lancé en 1996 un programme qui a le mérite d'être clair : "Pas de combustible fossile à Växjö". Autre exemple : la ville d'Enköping qui a construit une centrale biothermique qui fonctionne au bois et lui assure l'autosuffisance énergétique. Le saule y est l'essence préférée. Dans cette commune de 38.000 habitants, la centrale biothermique assure chauffage et eau chaude et couvre 60 % des besoins de la ville en électricité. 80 % du combustible utilisé provient de l'industrie forestière locale (copeaux, écorces, sciures). Les 20 % restants sont fournis par des bois de saules à rotation rapide exploités sur plus de 1.200 hectares. Particularité, ces saules servent également au traitement des eaux usées de la commune...


La Suède s'apprête également à devenir le premier pays du monde à introduire un train de voyageurs fonctionnant exclusivement au biogaz. Mis au point par Svensk Biogas au prix de dix millions de couronnes (1,08 million €), ce train, qui entrera en service fin 2006, permettra alors de transporter jusqu'à 54 passagers le long de la côte orientale de la Suède, entre Linköping et Västervik. Le biogaz s'obtient lorsque des bactéries, en l'absence d'oxygène, entraînent une décomposition de la matière organique, un processus connu sous le nom de digestion anaérobie.


Le biogaz étant un mélange de méthane et de dioxyde de carbone, il s'agit d'un carburant renouvelable produit à partir du traitement de déchets. La quasi-totalité des matières organiques peuvent être utilisées. Le processus d'origine naturelle se retrouve dans l'appareil digestif, les marais, les décharges d'ordures, les fosses septiques et la toundra arctique, une région du pôle Nord dépourvue d'arbres, située entre la calotte glaciaire et la limite forestière, et caractérisée par un sol gelé et une végétation basse. Le train, qui peut parcourir environ 600 kilomètres avec un plein de carburant, affiche une vitesse de pointe de 130 kilomètres par heure.


La Suède a donc bien l'intention d'exploiter pleinement les immenses ressources de sa biomasse et des biocarburants de deuxième génération n'entrant pas en compétition avec les productions alimentaires bois, paille et résidus biologiques de nos ordures. Il est vrai que, comme le montrent les recherches actives de l'INRA (Voir article sur les biocarburants de deuxième génération dans notre rubrique " Matière&Energie) ces biocarburants de deuxième génération pourraient être compétitifs dans une dizaine d'années, compte tenu de l'inéluctable montée du prix du pétrole provoquée par l'explosion économique en Inde et en Chine.


Comme le souligne avec une tranquille détermination Madame Sahlin, Ministre suédois du développement durable, "Mettre fin à la dépendance à l'égard du pétrole nous fournira de nombreuses opportunités de renforcement de la compétitivité, de développement technologique et de progrès. Le but est de nous libérer des combustibles fossiles d'ici 2020. À partir de cette date, plus aucun foyer n'aura besoin de pétrole pour se chauffer et plus aucun automobiliste ne sera obligé d'utiliser de l'essence en tant qu'unique option disponible. À ce moment-là, il y aura toujours de meilleures alternatives au pétrole".


La Suède gagnera-t-elle son pari du "zéro pétrole" ? On peut raisonnablement le penser, même si l'échéance volontairement très ambitieuse de 2020 doit être repoussée de quelques années. Quel est donc le secret suédois de ces mutations réussies : un consensus et une inflexibilité sur les grands objectifs politiques combiné à un pragmatisme remarquable et à une grande souplesse dans le choix et la mise en oeuvre des moyens destinés à atteindre les buts fixés.


Dans ce domaine capital de l'énergie et de la préparation de l'après pétrole, comme dans celui non moins important de l'avènement de la société numérique pour tous, souhaitons que notre pays s'inspire de cet exemple suédois et sache faire preuve d'imagination, de courage et d'opiniâtreté pour anticiper et maîtriser son avenir. Il serait pour le moins paradoxal que notre pays qui a la chance de posséder d'immenses potentialités dans quatre sources d'énergie renouvelables : énergie des mers, biomasse, solaire et vent, soit à la traîne dans cette mutation techno-économique majeure, vitale pour l'avenir de nos enfants et notre environnement, vers l'abandon des énergies fossiles."


Par René Trégouët lien 


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